Un accord d'entreprise permet d'adapter la convention collective de l'immobilier (IDCC 1527, brochure 3090) aux réalités de chaque structure, dans le respect du Code du travail.
Les salaires minima, les classifications professionnelles et la période d'essai restent réservés à la CCN Immobilier (bloc 1), sauf garanties au moins équivalentes.
Le télétravail, les primes et l'organisation du temps de travail peuvent être librement négociés au niveau de l'entreprise (bloc 3).
Les modalités de négociation varient selon la taille de l'entreprise : délégué syndical, élu mandaté ou référendum des salariés.
L'accord doit être déposé sur TéléAccords puis publié sur la base de données nationale des accords collectifs, accessible sur Légifrance.
La convention collective nationale de l'immobilier (IDCC 1527, brochure 3090) s'applique aux administrateurs de biens, sociétés immobilières, agents immobiliers et syndics de copropriété, sur le champ de l'immobilier, de l'administration de biens, du syndic de copropriété et de la transaction immobilière.
Dans ce secteur, l'accord d'entreprise permet d'adapter certaines règles de la CCN Immobilier aux réalités de chaque structure. Depuis les ordonnances Macron de 2017, la hiérarchie entre accord de branche et accord d'entreprise a été profondément réformée. Cet article détaille les domaines négociables, les limites posées par la CCN Immobilier et les modalités de conclusion applicables au secteur.
Qu'est-ce qu'un accord d'entreprise dans le secteur immobilier ?
Un accord d'entreprise est un texte négocié entre l'employeur et les représentants du personnel au sein d'une même entreprise. Il fixe des règles applicables aux conditions de travail, à la rémunération ou à l'organisation du temps de travail, en complément de la convention collective de branche.
La CCN Immobilier constitue le socle conventionnel commun applicable aux administrateurs de biens, sociétés immobilières, agents immobiliers et syndics de copropriété. L'accord d'entreprise vient compléter ou adapter certaines de ces dispositions, dans le respect du cadre légal défini par le Code du travail.
La CCN Immobilier a fait l'objet de plusieurs avenants récents : l'avenant n° 92 du 2 juin 2022 (classifications), l'avenant n° 96 du 23 novembre 2022 (mise en conformité) et l'avenant n° 104 du 10 février 2025 (salaires minima).
Bon à savoir
Depuis les ordonnances Macron du 22 septembre 2017 (ordonnance n° 2017-1385), l'accord d'entreprise prime sur l'accord de branche dans de nombreux domaines. La convention collective de l'immobilier conserve toutefois la primauté sur 13 thématiques définies par la loi (article L2253-1 du Code du travail).
Les ordonnances Macron organisent la relation entre accord de branche et accord d'entreprise en trois blocs de compétence, codifiés aux articles L2253-1, L2253-2 et L2253-3 du Code du travail.
| Bloc |
Règle applicable |
Fondement légal |
| Bloc 1 — Primauté de la branche |
La CCN Immobilier prévaut, sauf garanties au moins équivalentes dans l’accord d’entreprise |
Article L2253-1 |
| Bloc 2 — Verrouillage facultatif |
La branche peut interdire toute dérogation sur 4 thématiques, si elle le stipule expressément |
Article L2253-2 |
| Bloc 3 — Primauté de l’accord d’entreprise |
L’accord d’entreprise prévaut pour tous les thèmes hors blocs 1 et 2 |
Article L2253-3 |
Quels domaines restent réservés à la CCN Immobilier (bloc 1) ?
Le bloc 1, prévu par l'article L2253-1 du Code du travail, réserve 13 matières à la convention de branche. Un accord d'entreprise ne peut prévoir de règles moins favorables que la CCN Immobilier sur :
les salaires minima hiérarchiques (grille de l'annexe II, avenant n° 104 du 10 février 2025) ;
les classifications professionnelles (avenant n° 92 du 2 juin 2022) ;
la mutualisation des fonds du paritarisme et de la formation professionnelle ;
les garanties collectives complémentaires (prévoyance, mutuelle) ;
les mesures relatives à la durée du travail : régime d'équivalence, définition du travailleur de nuit, durée minimale du temps partiel, taux de majoration des heures complémentaires ;
les règles encadrant les CDD et contrats temporaires (durée, renouvellement, délai de carence) ;
le CDI de chantier ou d'opération ;
l'égalité professionnelle femmes-hommes ;
les conditions et durées de renouvellement de la période d'essai ;
les modalités de transfert des contrats entre prestataires ;
la rémunération minimale du salarié porté.
Si un accord d'entreprise intervient sur ces sujets, il ne peut s'appliquer que s'il assure des garanties au moins équivalentes, appréciées matière par matière.
Quelles thématiques la branche immobilière peut-elle verrouiller (bloc 2) ?
Le bloc 2, prévu par l'article L2253-2 du Code du travail, permet à la branche de verrouiller 4 thématiques par avenant exprès. Si la CCN Immobilier active ce verrou, l'accord d'entreprise ne peut pas comporter de stipulations différentes, sauf garanties au moins équivalentes, sur :
la prévention des effets de l'exposition aux facteurs de risques professionnels ;
l'insertion professionnelle et le maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés ;
l'effectif de désignation des délégués syndicaux et la valorisation du parcours syndical ;
les primes pour travaux dangereux ou insalubres.
À noter
Le bloc 2 est un verrouillage optionnel. Il appartient aux partenaires sociaux de la branche immobilière de décider, par avenant, si ces thématiques doivent être réservées à la convention collective.
Sur quels sujets un accord d'entreprise peut-il librement déroger dans l'immobilier (bloc 3) ?
Le bloc 3, prévu par l'article L2253-3 du Code du travail, couvre toutes les matières hors blocs 1 et 2. L'accord d'entreprise prévaut sur la CCN Immobilier pour :
les primes et gratifications (hors primes travaux dangereux du bloc 2) ;
l'organisation du temps de travail (forfait jours, horaires flexibles) ;
les jours de RTT et les modalités de prise des congés payés ;
le télétravail et les conditions de travail à distance ;
les indemnités de rupture au-delà des minima légaux ;
la durée du préavis en cas de démission ou de licenciement, sous réserve des minima légaux (article L1234-1 du Code du travail) ;
les avantages sociaux complémentaires (titres-restaurant, indemnités de transport).
En l'absence d'accord d'entreprise, ce sont les dispositions de la CCN Immobilier qui s'appliquent par défaut.
Les modalités de négociation dépendent de la taille de l'entreprise et de la présence, ou non, d'un délégué syndical.
Entreprises dotées d'un délégué syndical
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés avec délégué syndical, l'accord est valide s'il est signé par des syndicats représentatifs ayant obtenu plus de 50 % des suffrages exprimés au premier tour des élections du comité social et économique (CSE), conformément à l'article L2232-12 du Code du travail. À défaut, un accord signé par des syndicats ayant recueilli plus de 30 % des suffrages peut être validé par référendum organisé auprès des salariés, à la majorité des suffrages exprimés.
Pour une agence immobilière ou un cabinet d'administration de biens qui compte un délégué syndical, cette étape structure toute la négociation : convocation des organisations syndicales représentatives, échanges sur le projet de texte, puis signature. Par exemple, une négociation sur le télétravail ou sur une prime d'objectifs suivra ce circuit si l'entreprise dépasse le seuil de 50 salariés.
Entreprises de 11 à 49 salariés sans délégué syndical
En l'absence de délégué syndical, la négociation s'engage prioritairement avec un membre élu du CSE mandaté par une organisation syndicale représentative, conformément à l'article L2232-23-1 du Code du travail. À défaut d'élu mandaté, l'employeur peut négocier avec un salarié mandaté par un syndicat.
Cette configuration concerne de nombreuses agences immobilières de taille intermédiaire. L'employeur informe les organisations syndicales de son intention de négocier, laisse un délai aux élus pour se positionner, puis engage les discussions. L'accord signé par un élu mandaté ou un salarié mandaté doit ensuite être approuvé par les salariés à la majorité des suffrages exprimés, selon des modalités fixées par accord entre les parties.
Entreprises de moins de 11 salariés (ou 11-20 sans CSE)
Dans les entreprises dépourvues de CSE, l'employeur peut proposer un projet d'accord directement aux salariés, en application des articles L2232-21 et L2232-22 du Code du travail. Le projet doit être communiqué au moins 15 jours avant la date du référendum, avec les modalités d'organisation de la consultation. L'accord est validé s'il recueille l'approbation des deux tiers du personnel.
Cette modalité est particulièrement adaptée aux petites agences immobilières ou aux syndics de taille réduite, qui ne disposent souvent d'aucune représentation du personnel. Elle permet par exemple de formaliser un accord sur les primes ou sur l'aménagement du temps de travail sans passer par une négociation syndicale classique.
Bon à savoir
Dans les TPE du secteur immobilier (moins de 11 salariés), le référendum à la majorité des deux tiers est le mode le plus courant. Il permet d'adapter la CCN Immobilier sans nécessiter de représentation syndicale formelle.
Quelles sont les obligations de dépôt et de publicité ?
L'accord doit être déposé sur la plateforme TéléAccords du ministère du Travail, qui assure la transmission automatique à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) compétente. Le dépôt comprend la version intégrale signée et une version anonymisée destinée à la publication.
Depuis le 1er septembre 2017, les accords d'entreprise sont rendus publics dans la base de données nationale des accords collectifs, accessible sur Légifrance. L'employeur peut demander l'occultation de certaines clauses pour confidentialité, sous réserve d'un acte de publication partielle joint au dépôt.
Information à caractère informatif, sans conseil juridique. Dernière vérification le 2026-07-10.
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