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Recouvrement des créances commerciales incontestées : nouvelle procédure 2026

Guide de la gestion de la paie
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À retenir :

  • Sans juge, en ~6 semaines : les créances commerciales entre professionnels, non contestées par le débiteur, peuvent être recouvrées via un commissaire de justice sans passer au tribunal.
  • Aucun plafond de montant : contrairement à l'ancienne procédure simplifiée (limitée à 5 000 €), cette procédure s'applique à toutes les créances entre commerçants.
  • Les frais sont à la charge du débiteur, pas du créancier.

Les retards de paiement augmentent de 25 % la probabilité de défaillance d'une TPE-PME. Ce chiffre monte à 40 % quand le retard dépasse un mois : c'est la Banque de France qui le dit. Jusqu'à présent, les entreprises n'avaient que deux options pour récupérer leurs créances : négocier à l'amiable, ou saisir la justice. Une troisième voie vient d'être créée.

La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 instaure une procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées : plus rapide que la justice, sans intervention du juge, et applicable quelle que soit la somme due. On vous explique tout.

⚠️ Statut du texte : La loi est adoptée et publiée au JO. Un décret en Conseil d'État est encore attendu pour en préciser les modalités d'application. La procédure ne sera pleinement opérationnelle qu'à sa publication.

Pourquoi cette loi ? Le problème chronique des impayés entre professionnels

En France, les retards de paiement sont une cause majeure de défaillance des TPE-PME et impactent directement le prévisionnel financier des entreprises.

La Banque de France l'a quantifié :

  • +25 % de probabilité de défaillance en cas de retard de paiement ;

  • +40 % quand ce retard dépasse un mois.

Ces retards fragilisent la trésorerie, un des piliers de la gestion d'entreprise, et peuvent entraîner des difficultés en cascade, voire la faillite.

Avant cette loi, les entreprises disposaient de deux options pour récupérer leurs créances :

  • la voie amiable : relances, négociation, mais sans force contraignante

  • la voie judiciaire : injonction de payer, référé-provision, assignation en paiement. Une procédure efficace mais longue, coûteuse, et conditionnée à l'intervention d'un juge.

La loi du 23 avril 2026 crée une troisième voie : une procédure extrajudiciaire, portée par un commissaire de justice, qui s'achève sur un titre exécutoire, sans passer devant un magistrat, pour peu que la créance ne soit pas contestée.

Procédure simplifiée de recouvrement : comment ça marche ?

Quelles créances sont éligibles ?

La procédure s'applique aux créances entre commerçants, c'est-à-dire des personnes physiques ou morales ayant procédé à l'immatriculation d'entreprise au registre du commerce et des sociétés (RCS).

Elles doivent réunir 3 conditions cumulatives :

  • elles ont fait l'objet d'une facturation entre commerçants (B2B uniquement)

  • elles sont certaines, liquides et exigibles. C'est-à-dire : non contestées, chiffrées précisément, et dont le délai de paiement est dépassé.

  • aucun plafond de montant : la procédure est applicable quelle que soit la valeur de la créance

Quelles créances ne sont pas concernées ?

  • Les créances B2C (entre un professionnel et un particulier).

  • Les créances contestées par le débiteur.

  • Les créances sans facturation formelle.

À noter : La modification de l'article L. 125-1 du code des procédures civiles d'exécution est importante : l'ancienne procédure simplifiée (plafonnée à 5 000 €) exclut désormais explicitement les créances commerciales entre commerçants. Ces dernières relèvent de la nouvelle procédure uniquement.

La procédure en 3 étapes

Étape 1 : Le commandement de payer (J+0 à J+30)

À la demande du créancier, le commissaire de justice signifie au débiteur un commandement de payer.

Ce document doit impérativement mentionner (à peine de nullité) :

  • la description de l'obligation dont découle la créance ;

  • les montants réclamés, y compris pénalités, intérêts et frais ;

  • le délai de paiement : 1 mois à compter de l'envoi du commandement ;

  • les modalités de paiement.

Si le débiteur conteste dans ce délai, la procédure s'arrête immédiatement. Le créancier conserve le droit d'agir en justice par les voies classiques.

Étape 2 : Le procès-verbal de non-contestation (J+38 minimum)

Si la créance n'est ni payée, ni contestée dans le délai d'un mois, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de non-contestation au minimum 8 jours après l'expiration de ce délai.

Ce procès-verbal est transmis au greffier du tribunal de commerce, qui le rend exécutoire après vérification de la régularité de la procédure.

Étape 3 : La signification du titre exécutoire (dans les 6 mois)

À l'initiative du créancier, le procès-verbal exécutoire est signifié au débiteur. Le créancier dispose de 6 mois pour le faire. Passé ce délai, le document est non avenu.

À réception, le débiteur peut encore s'opposer au procès-verbal exécutoire. À défaut, le commissaire de justice peut procéder directement au recouvrement.

Tableau récapitulatif

Étape Délai
Commandement de payer signifié Jour 0
Fin du délai de contestation Jour 30
Procès-verbal de non-contestation Jour 38 minimum
Rendu exécutoire par le greffier Quelques jours
Signification au débiteur Dans les 6 mois

Total : environ 6 à 8 semaines pour obtenir un titre exécutoire, soit un délai proche de celui d'une clôture de paie annuelle : rapide et structuré contre plusieurs mois via la voie judiciaire.

Qui paie les frais ? Le débiteur. Les frais occasionnés par la mise en œuvre de la procédure sont intégralement à sa charge. Pour le créancier, ces frais constituent des charges déductibles dans la limite du recouvrement effectif.

Quel impact pour votre entreprise ?

Avant la loi Après la loi
Délai de recouvrement Plusieurs mois (voie judiciaire) ~6 à 8 semaines
Intervention du juge Obligatoire Non (sauf contestation)
Plafond de montant Procédure simplifiée : 5 000 € max Aucun plafond
Frais À l’initiative du créancier À la charge du débiteur

Ce que cette loi change dans votre gestion des impayés

Cette procédure est particulièrement adaptée aux situations où :

  • la facture est claire et bien documentée (objet, montant, échéance) ;

  • il n'y a pas de litige sur le fond (la prestation a bien été réalisée, le débiteur ne le nie pas) ;

  • le débiteur ne paye pas mais ne conteste pas non plus. Ce cas est fréquent en pratique.

💡 Bon à savoir : En attendant le recouvrement d'une créance douteuse, vous pouvez constituer une provision pour risques et charges dans votre comptabilité pour anticiper la perte potentielle.

Les 3 points de vigilance à anticiper

La procédure s'arrête si le débiteur conteste

Cette procédure n'est efficace que sur les créances véritablement incontestées. Si votre débiteur conteste, même sans raison valable, vous revenez à la voie judiciaire.

La qualité de votre documentation (bon de commande, contrat, bon de livraison, accusé de réception) est donc déterminante. Comme pour une erreur paie employeur, la qualité de votre documentation est essentielle : une facture mal rédigée ou un bon de livraison manquant peut suffire à rendre la créance contestable, et donc à bloquer la procédure.

Le procès-verbal exécutoire a une durée de vie limitée

Une fois rendu exécutoire, vous avez 6 mois pour le signifier au débiteur. Passé ce délai, il est non avenu et il faut tout recommencer. Ne laissez pas traîner.

Le décret d'application est encore attendu

La procédure ne peut pas encore être utilisée en pratique. Les modalités concrètes (tarifs des commissaires, formulaires, délais de traitement du greffe) seront précisées par décret en Conseil d'État. Restez attentifs à sa publication.

⚠️ Attention : En cas de cession d'entreprise, pensez à transmettre au repreneur l'état précis des créances en cours de recouvrement, ainsi que les procès-verbaux exécutoires en attente de signification.

Foire Aux Questions (FAQ)

Oui. Les artisans inscrits au registre du commerce sont commerçants au sens du code de commerce et peuvent utiliser cette procédure, quel que soit leur statut juridique d'entreprise, aussi bien comme créanciers que comme débiteurs.

Techniquement oui : il n'y a pas de seuil minimum. En pratique, le coût du commissaire de justice devra être comparé au montant de la créance. Pour les très petits montants, la relance amiable reste souvent plus efficiente.

La procédure ne s'applique pas aux entreprises en procédures collectives. Dans ce cas, vous devez déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire dans les délais impartis.

Non, elle la complète. L'injonction de payer reste disponible, notamment si votre débiteur conteste la créance. La nouvelle procédure est plus rapide et ne nécessite pas de juge, mais elle s'arrête dès la première contestation. Les deux procédures coexistent.

La loi est publiée au JO du 24 avril 2026. Aucune date n'est précisée pour le décret. Suivez nos actualités : nous vous préviendrons dès sa publication avec tout ce qu'il faut savoir pour déclencher la procédure.