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Comment calculer l'indemnité compensatrice de congés payés ?

Inès Lazaar
, Juriste Rédacteur en Droit social
Mise à jour le
11 mins
Guide de fin du CDI
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À retenir

  • L'indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) est due à tout salarié (CDI, CDD, intérim) n'ayant pas pu prendre l'ensemble de ses congés avant la fin de son contrat.
  • Calcul : 2 méthodes possibles (dixième OU maintien de salaire), l'employeur doit retenir la plus favorable au salarié.
  • Versement : à la rupture du contrat avec le solde de tout compte (sauf exception : versement en cours de contrat).
  • Fiscalité : soumise à l'impôt sur le revenu et à la CSG/CRDS (9,7 %), mais exonérée de cotisations sociales Urssaf.
  • Impact chômage : crée un différé d'indemnisation (max 30 jours) reportant le versement des allocations France Travail.

La prise des congés est un droit garanti par le Code du travail à tous les salariés. Mais que se passe-t-il lorsque ces congés n’ont pas été pris avant la fin du contrat de travail?

Le droit au repos est une règle fondamentale du droit du travail. Pourtant, dans certaines situations (démission, licenciement, rupture conventionnelle ou fin de CDD), il arrive que le salarié n’ait pas pu prendre l’ensemble de ses congés acquis.

Pour éviter qu’il ne perde cet avantage, la loi prévoit une solution : l’Indemnité Compensatrice de Congés Payés, abrégé avec le sigle ICCP. Ce mécanisme vise à garantir une équité entre les salariés, en assurant que les jours de congé non pris soient compensés.

Qu'est-ce que l’indemnité compensatrice de congés payés ?

Il s’agit d’une compensation financière obligatoire issue des articles L3141-28 à L3141-30 du Code du travail.

Toutes les missions confondues : un droit universel à l’indemnité

Salarié en CDI, en CDD, ou engagé pour une mission ponctuelle, y compris dans le cadre de l’intérim ou en tant que nourrice, l’indemnité compensatrice de congés payés s’applique à tous les types de contrats et toutes les missions confondues. Ce droit s’exerce indépendamment du statut du salarié, tant que des congés payés ont été acquis mais non pris.

Cas spécifique : l'indemnité compensatrice pour les salariés en CDD

Les salariés en CDD bénéficient d'un droit identique à l'indemnité compensatrice de congés payés, avec quelques spécificités qu'il est important de connaître.

Le salarié titulaire d'un contrat à durée déterminée a droit à l'indemnité compensatrice dès lors que le régime des congés applicable dans l'entreprise ne lui permet pas de prendre effectivement ses congés avant la fin de son contrat.

Concrètement, cela concerne la majorité des CDD, notamment :

  • les CDD de courte durée (quelques semaines ou mois) ;

  • les contrats saisonniers qui se terminent en dehors de la période de prise des congés ;

  • les remplacements temporaires.

Calcul de l’indemnité compensatrice de congés payés : quelle méthode choisir ? 

La somme à verser pour l’indemnité compensatrice est calculée en fonction des congés non pris sur l’année de référence. Le montant exact dépend donc de la durée de présence dans l’entreprise, du salaire brut perçu et du nombre de jours restant à prendre.

Le calcul de l’indemnité compensatrice de congés payés suit les mêmes règles que celui des congés payés classiques. Deux méthodes sont autorisées par le Code du travail :

  1. la méthode du dixième : l’indemnité est égale à 1/10e de la rémunération brute perçue par le salarié durant la période de référence ;

  2. la méthode du maintien de salaire : l’indemnité correspond au salaire que le salarié aurait perçu s’il avait travaillé pendant ses congés.

L’employeur est tenu de retenir la méthode la plus favorable au salarié, même si cela implique un calcul plus complexe. Toutefois, des dispositions conventionnelles applicables à l’entreprise peuvent également prévoir des conditions plus avantageuses.

💡 Bon à savoir : cette comparaison obligatoire constitue l'arbitrage des congés payés, une opération courante en gestion de la paie qui s'applique aussi bien aux congés pris en cours de contrat qu'aux congés non pris lors de la rupture. Cette vigilance permet d'éviter des rappels de salaire et des contentieux prud'homaux.

📌 Exemple : le tableau ci-dessous présente un comparatif des deux méthodes de calcul.

Élément de calcul Méthode du dixième Méthode du maintien de salaire
Salaire mensuel brut 2 000 € 2 000 €
Salaire de référence annuel 24 000 € 24 000 €
Nombre de jours de congés non pris 7 jours ouvrables 7 jours ouvrés
Base de calcul 1/10e de 24 000 € = 2 400 € pour 30 jours 147 h travaillées dans le mois / 35 h non faites
Calcul 2 400 € × (7 ÷ 30) = 560 € 2 400 € × (35 ÷ 147) = 571,43 €
Montant obtenu 560 € 571,43 €
Méthode la plus avantageuse

Parmi les deux résultats, celui obtenu grâce à la méthode du maintien de salaire s’avère plus avantageux pour le salarié dans cet exemple.

💡 Bon à savoir : depuis le 24 avril 2024, les congés acquis pendant un arrêt maladie ou accident sont désormais pris en compte (à hauteur de 80 % ou 100 %) dans le calcul de l'indemnité compensatrice de congés payés.

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Quand et comment est versée l'indemnité compensatrice de congés payés ?

L’entreprise doit verser l’ICCP à la rupture du contrat de travail, si le salarié n’a pas pu bénéficier de tous ses congés acquis, quelle que soit la cause de la rupture : fin de CDI ou de CDD, rupture conventionnelle, préavis, départ à la retraite, période d’essai.

Dans les entreprises affiliées à une caisse de congés payés (secteur du BTP, spectacle, travail temporaire…), c'est la caisse qui se charge du versement de l'ICCP et non l'employeur directement.

Modalités de versement pour les CDI

Dans le cadre du CDI, l'indemnité compensatrice est versée en même temps que le solde de tout compte, généralement le dernier jour de travail effectif ou à la fin du préavis. Elle fait partie intégrante des indemnités de fin de contrat de travail que l'employeur doit calculer et verser au salarié sortant.

Bien qu'aucun délai légal précis ne soit fixé, l'employeur doit verser l'ICCP dans un "délai raisonnable", généralement au moment de la remise du certificat de travail et de l'attestation Pôle Emploi.

Exceptionnellement, cette indemnité de fin du contrat peut également être versée en cours de contrat, lorsque le salarié a été empêché de poser ses congés pour des raisons indépendantes de sa volonté (charge de travail, fonctions spécifiques, etc.).

En cas de décès du salarié avant qu'il ait pu prendre l'ensemble de ses congés payés acquis, l'indemnité compensatrice reste due. Elle est alors versée aux ayants droit du salarié défunt, c'est-à-dire aux personnes qui auraient qualité pour obtenir le paiement des salaires arriérés.

Modalités de versement pour les CDD

L'indemnité compensatrice est versée à la fin du CDD, en même temps que le solde de tout compte et les autres indemnités de fin de contrat, notamment l'indemnité de précarité (10 % de la rémunération brute totale).

Exception importante : si le CDD est transformé en CDI ou se poursuit directement par un CDI dans la même entreprise, l'indemnité compensatrice n'est pas versée. Le salarié conserve ses droits à congés acquis, qui pourront être pris pendant le CDI ou compensés à la rupture du CDI.

Tableau récapitulatif : ICCP en CDD vs CDI

Critère CDD CDI
Droit à l’ICCP Oui Oui
Base de calcul Rémunération totale pendant la durée du CDD Rémunération totale pendant la période de référence
Montant minimum 1/10e (ou maintien de salaire si plus favorable) 1/10e (ou maintien de salaire si plus favorable)
Moment du versement Fin du CDD (avec solde de tout compte) Rupture du CDI (avec solde de tout compte)
Exception au versement Pas d’ICCP si transformation en CDI -
Indemnité de précarité ✅ Oui, 10 % (cumulable avec ICCP) ❌ Non applicable

💡 Bon à savoir : en cas de non-versement de l’ICCP, le salarié peut réclamer son indemnité dans un délai de 2 ans après la rupture du contrat de travail (source : article L1471‑1 du Code du travail).

Alternative au versement : le compte épargne temps

Si l'entreprise a mis en place un compte épargne temps (CET), le salarié peut aussi choisir d'y affecter sa 5ème semaine de congés payés non prise au lieu de percevoir l'indemnité compensatrice correspondante.

Cette option permet au salarié de constituer une épargne en temps qu'il pourra mobiliser ultérieurement pour financer un projet personnel (formation, création d'entreprise), anticiper un départ en retraite, ou compléter un congé parental ou sabbatique.

⚠️ Attention :

  • cette possibilité dépend des dispositions prévues par l'accord d'entreprise ou de branche instituant le CET ;

  • l'employeur ne peut pas imposer cette affectation, elle résulte d'un choix du salarié ;

  • seule la 5ème semaine peut être affectée au CET. Les 4 premières semaines de congés payés doivent obligatoirement être prises ou compensées financièrement.

Comment est imposée l'indemnité compensatrice de congés payés ?

Considérée comme une forme de salaire, l’indemnité compensatrice de congés payés est soumise au barème progressif de l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales, la CSG (Contribution Sociale Généralisée) et la CRDS (Contribution au Remboursement de la Dette Sociale), dans les mêmes conditions que le salaire. 

De plus, l’indemnité compensatrice de congés payés doit obligatoirement figurer sur le bulletin de salaire et le solde de tout compte, mentionnée généralement sous le sigle ICCP.

ℹ️ Important : à la rupture du contrat, l’indemnité compensatrice de congés payés est versée avec le solde de tout compte, sans date légale, mais dans un délai raisonnable (8 à 15 jours après fin de contrat).

Quel est l'impact de l’indemnité compensatrice de congés payés sur les allocations chômage ?

Lorsqu'un salarié perçoit une indemnité compensatrice de congés payés, cela a un impact direct sur le versement de ses allocations chômage par France Travail (anciennement Pôle Emploi).

Qu'est-ce que le différé congés payés ?

Le différé spécifique congés payés est une période pendant laquelle France Travail reporte le versement des allocations chômage. Ce différé permet de compenser les congés payés non pris que le salarié aurait dû prendre avant la fin de son contrat.

Comment est calculé le différé ?

Le nombre de jours de différé est égal au nombre de jours de congés payés indemnisés, dans la limite de 30 jours calendaires maximum.

La formule de calcul est la suivante :

Différé congés payés = Nombre de jours de CP non pris (max 30 jours calendaires)

⚠️ Attention : ce différé s'ajoute au différé d'indemnisation général (calculé sur les autres indemnités de rupture) mais reste plafonné à 30 jours.

Quand commence le versement des allocations ?

Le versement des allocations chômage débute après :

1. le différé d'indemnisation général (si applicable) ;

2. le différé spécifique congés payés (dans la limite de 30 jours) ;

3. le délai d'attente légal de 7 jours (si première inscription).

Exemple concret : la nourrice en fin de contrat

Prenons le cas de Sophie, nourrice salariée à domicile depuis 18 mois, employée en CDI par une famille. Au moment de la rupture du contrat, en juin 2026, elle n’a pas pu poser 12 jours ouvrables de congés payés acquis au cours de l’année.

Calcul de l’indemnité compensatrice de congés payés

Le salaire mensuel brut moyen de Sophie est de 1 500 € sur la période de référence de juin 2025 à mai 2026. Il convient de calculer l’indemnité avec les deux méthodes :

  • méthode du dixième : 1/10e de la rémunération brute annuelle (18 000 €) = 1 800 € pour 30 jours, ce qui donne 1 800 € × (12 ÷ 30) = 720 € ;

  • méthode du maintien de salaire : salaire journalier brut = 1 500 € ÷ 21,67 jours ≈ 69,24 €, soit 12 jours × 69,24 € = 830,88 €.

Calcul retenu : maintien de salaire, car plus favorable.

Indemnité brute renseignée sur la fiche de paie de la nourrice

L’indemnité compensatrice de congés payés s’élève donc à 830,88 € bruts, versés en intégralité avec le solde de tout compte. Ce montant est mentionné sur le dernier bulletin de salaire sous la ligne "ICCP" et doit être conservé par Sophie pour toute contestation éventuelle.

Régime fiscal et social

Cette indemnité est soumise à l’impôt sur le revenu, comme le reste de la rémunération de la nourrice. Elle donne lieu au prélèvement de cotisations sociales (CSG, CRDS, URSSAF, etc.) comme tout salaire.

Cela signifie qu’après prélèvements, la somme perçue sera inférieure à 830,88 €, selon le taux d’imposition applicable et les cotisations en vigueur.

Impact sur les allocations chômage

Sophie souhaite s’inscrire à France Travail (ex Pôle Emploi). Or, l’indemnité perçue retarde le début de l’indemnisation. Le calcul du différé spécifique se fait ainsi :

ICCP ÷ salaire journalier brut = 830,88 € ÷ 69,24 € ≈ 12 jours

👉 Résultat : Sophie devra attendre 12 jours à compter de la fin de son contrat pour percevoir ses allocations chômage, en plus du différé d’indemnisation classique.

À retenir sur l’ICCP

  • les jours de congés non pris sont obligatoirement compensés ;

  • le calcul de l’ICCP est encadré par la loi, selon la méthode la plus favorable au salarié ;

  • le montant perçu est soumis à cotisations et impôt ;

  • l’indemnité compensatrice de congés payés décale le point de départ de l’assurance chômage.

👉 Conseil PayFit : utilisez notre logiciel de paie pour faciliter ce calcul et soyez sûrs d’inclure tous les éléments de paie (primes et tous les avantages confondus).

Foire Aux Questions (FAQ)

L’indemnité compensatrice est due pour tout congé payé acquis, mais non pris au moment de la rupture du contrat. Cela inclut également les congés acquis pendant des périodes d’absence assimilées à du travail effectif (arrêt pour AT/MP et arrêt pour maladie non professionnelle depuis la loi du 24 avril 2024).

Cas particulier du temps partiel : un salarié à temps partiel acquiert le même nombre de jours qu'un temps plein, mais le décompte lors de la prise varie selon l'organisation du travail. Ainsi, si le salarié travaillait 3 jours par semaine, son solde de congés reflète cette répartition. Les congés payés d'un temps partiel suivent cette logique pour garantir l'équité de traitement en fin de contrat.

Oui, l’indemnité compensatrice de congés payés reste due même en cas de faute grave (ou lourde). C’est un droit à rémunération des jours de congés non pris qui ne peut être supprimé, quelle que soit la gravité de la faute.

En revanche, l’indemnité compensatrice de préavis (distincte) n’est pas versée en cas de faute grave, car le salarié est considéré comme ayant rompu le contrat immédiatement et sans droit au délai de prévenance.

Oui, si le salarié estime que l’indemnité compensatrice versée est incorrecte (erreur de calcul, congés oubliés, taux mal appliqué…), il peut saisir le conseil de prud’hommes. Le délai de recours est de 2 ans à compter de la rupture du contrat de travail, au titre de la prescription des créances salariales.

Conseil de PayFit : pensez à conserver vos bulletins de paie, soldes de tout compte et relevés de congés pour appuyer votre demande.

Non. Si un CDD est transformé en CDI ou se poursuit directement par un CDI dans la même entreprise, l'indemnité compensatrice n'est pas versée. Le salarié conserve ses droits à congés acquis pendant le CDD, qui pourront être pris pendant le CDI ou compensés lors de la rupture du CDI.

L'indemnité compensatrice de congés payés figure sur le dernier bulletin de paie, généralement dans la rubrique "Indemnités de rupture" ou "Solde de tout compte", sous le sigle ICCP. Elle est soumise à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux (CSG/CRDS), mais reste exonérée de cotisations sociales Urssaf.